La fontaine égyptienne

Il est une évidence pour tous que Gonfaron compte de nombreuses fontaines dont la variété des formes et des volumes est le témoignage des modes architecturales passées. Parmi leur profusion, il en est une qui devrait, plus que toute autre, attirer notre attention. Il s’agit de la fontaine de la place de la Victoire, située à proximité de l’hôtel de Ville.

Construite en 1831 comme l’indique son millésime, quelques années avant l’actuel bâtiment de la mairie, elle s’inscrit profondément dans l’Histoire des vogues et des mentalités qui ont animé l’esprit français.

Son style à la fois composite et classique présente de fortes caractéristiques égyptiennes qui peuvent cependant échapper aux passants contemporains dont l’œil serait mal aguerri. Cette fontaine commémore l’arrivée à Toulon lors de son transport vers Paris, en 1831, de l’obélisque de Louxor, cadeau fait à la France et à son roi Charles X, par le monarque de l’Égypte Méhémet Ali.

Cet imposant obélisque fut visible depuis le bâtiment maritime qui le transportait et qui resta à quai pendant trois semaines dans le port toulonnais. Ce majestueux monument, venu des sables, fit une si forte impression sur la population locale qu’elle suscita un grand engouement pour l’Égypte, ses trésors et ses mythes. Ainsi notre village se dota-t-il d’une fontaine composée d’un obélisque trapu et de taille modeste rappelant cet événement, d’une conque inspirée des chapiteaux à palmes ornant le chef des colonnes des temples de la Haute Égypte et d’un mascaron de marbre blanc d’où jaillit l’eau, symbole du Nil fertile, figurant ainsi la grande déesse Isis, femme du dieu Osiris, sous des traits hellénisés issus de l’esthétique de l’Égypte ptolémaïque. 

Cette fontaine égyptienne est le touchant témoignage de l’ouverture du monde occidental à l’art orientaliste qui se développera jusqu’au début du XXème siècle dans tous les lieux publics et privés.

Comment, dès lors, passer devant ce monument sans percevoir le dépaysement profond qu’il produisit dans l’imaginaire des Gonfaronnais de la première moitié du XIXème siècle Ainsi fut-il l’inspiration fertile de l’imaginaire collectif occidental où chaque personne traversant, ce qui était alors la Place d’Armes, venait puiser aux sources de la mystérieuse Égypte en remplissant ses seaux de l’eau jaillie de la bouche de la déesse nourricière Isis et dont le regard maternel semble, aujourd’hui plus que jamais, implorer chacun de garder la mémoire de ce souvenir antique.

Source : Emmanuël Briglia – La Quatrième de Couv’ d’Emmanuël Briglia – Gonfaron Infos n°44