Gonfaron, comme la plupart des communes de France, possède des armoiries, qui sont un symbole rattachant notre village à son histoire et lui confère un symbole identitaire fédérateur. Il s’agit bien d’armoiries, et non d’un blason comme il est souvent dit par erreur à l’époque moderne. Le blason est, en effet, le nom de la science qui s’occupe de décrire ce que représentent les armoiries, que l’on peut aussi nommer plus simplement des armes ou un écu.
Les armes de notre village sont décrites ainsi dans l’armorial départemental établi par l’administration : « de gueule à la hure de sanglier en chef et au renard en pointe, le tout d’argent au naturel ». La devise qui l’accompagne est bien connue des gonfaronnais : « fort comme le sanglier, rusé comme le renard. » Notre écu pourrait alors nous paraître très antique et pourtant nous allons voir qu’il n’en est rien. Il est même très récent. Cependant, il existait avant lui des armoiries bien plus anciennes.
À l’origine, le terme d’armoiries désignait les symboles peints sur les armes, c’est-à-dire sur le bouclier, l’écu ou la cotte d’armes des chevaliers qui sous leur armure était sinon impossible à reconnaître dans les batailles et autres tournois. Plus tard, la même symbolique fut utilisée pour des familles roturières, c’est-à-dire non nobles, des corporations de métier, des congrégations religieuses, des institutions comme les universités ainsi que les communautés urbaines importantes. Les communautés de villageois n’avaient, en général, pas d’armoiries.
Après la Révolution française qui était défavorable au maintien d’une pratique héritée de l’Ancien Régime, il fallut attendre le Premier Empire pour que les villes fussent officiellement autorisées à s’en doter. Mais de nombreuses communes rurales continuèrent à ne pas en posséder puisque cela était sans incidence sur leur identité plutôt fondée sur leur production agricole que sur leur inscription dans l’histoire du pays.
Il faudra donc attendre le 20e siècle, avec l’apparition d’une symbolique publicitaire de plus en plus présente dans la société, avec notamment les logos commerciaux, pour que les armoiries civiles connaissent un renouveau certain.
Symbole officiel d’une commune, les armoiries sont également reprises sur les documents émanant des municipalités, leurs couleurs étant symbolisées par la codification graphique précise en vigueur en héraldique, autre nom de la science qui s’occupe des armoiries, pour les documents en noir et blanc, à savoir un pointillé pour l’or ou jaune, des lignes horizontales pour l’azur ou bleu, des lignes verticales pour les gueules ou rouge et le blanc pour l’argent ou blanc.
Pour la grande majorité des habitants de notre village, il est évident que depuis le début du 20e siècle, les armoiries de Gonfaron comportent, sur fond rouge, un renard surmonté d’une tête de sanglier, le tout de couleur argent. Mais ce blason, mis en place par la République, n’était pas le blason originel de notre communauté villageoise. En effet, lorsque le roi Louis XIV demanda à son conseiller et juge général du blason et des armes de France, de rédiger un inventaire complet des armoiries des individus, des familles et des communautés d’habitants du royaume, Charles-René d’Hozier inscrivit, pour Gonfaron, à son inventaire de 1696 un blason plus ancien et sans aucun lien avec l’actuel que nous connaissons ! En effet, le blason de notre village était sur fond rouge où figurait une pomme de pin de couleur or cerclée d’un contour argent appelé un orle. Charles-René d’Hozier le décrit ainsi : « de gueules à la pomme de pin d’or enfermée dans un orle le tout d’argent au
naturel. » Cet écu date probablement de la fin du Moyen-Âge ou du début de la Renaissance. Ainsi, le symbole de la pomme de pin, venait-il rappeler, à notre mémoire, que Gonfaron était un fief sous la suzeraineté de Pignans dont les armoiries comporte trois pommes de pins qui représentent très certainement les trois fiefs qui étaient placés sous sa domination féodale. Et il est tout aussi probable, qu’en raison de ce symbole lié à l’Ancien Régime, ces armoiries disparurent pour laisser place, un peu plus d’un siècle après la Révolution à celui que nous connaissons tous aujourd’hui.
Source : Emmanuel Briglia – La 4ème de couv’ d’Emmanuel Briglia – Gonfaron infos n°49