La fontaine du château

L’actuelle fontaine du château, située à mi-chemin de la rue de la Treille signale encore par sa présence, l’ancienne porte du castrum du XIVème siècle démolie dans le courant des années 1960 pour laisser place à un habitat neuf.

Les derniers vestiges de cette porte sont les anciennes marches de pierres que les années ont recouvertes de ciment dissimulant leur présence aux visiteurs et aux passants insouciants. Cette fontaine a connu plusieurs aménagements qui ont, au cours des siècles, fortement modifié sa physionomie. Tous les symboles qui la composent laissent perdurer la mémoire ancienne du Gonfaron médiéval.

En effet, le fronton de ce petit édifice est flanqué d’une coquille de pèlerin. Rénovée très certainement au même moment que la façade de l’ancienne église paroissiale du XIIIème siècle aujourd’hui disparue, c’est donc au courant du XVIIème siècle qu’elle s’est figée dans son apparence actuelle.

Elle verra à la fin des années 1980 la démolition malheureuse de sa conque du XVIIIème siècle qui sera remplacée par une auge à cochon inesthétique que l’on peut encore voir de nos jours.

 Mais alors pourquoi donc une coquille en guise d’ornement ? Tout simplement parce que la rue de la Treille était autrefois la rue Saint Jacques par laquelle passaient les pèlerins qui se rendaient à Compostelle depuis l’Est du département. Faut-il ici rappeler que la voie aurélienne qui traverse le centre du Var était prise sous les champs de cultures et qu’une importante végétation la recouvrait depuis bien longtemps en grande partie.

Si l’on poursuit l’examen attentif de l’édifice, on remarque les deux mascarons joufflus servant d’ornement aux becs verseurs. Cette partie est assurément la plus ancienne et marque la fin de la période de la Renaissance. Ces sculptures en forme de têtes humaines semblant souffler sur l’eau ne sont pas de simples décorations. Il est important de se resituer dans le contexte des époques qui ont précédé l’avènement de l’athéisme et du matérialisme au XIXème. En effet, les sociétés du Moyen Âge et de l’Ancien Régime vivaient baignées dans un cadre

religieux et superstitieux, dans les moindres actes du quotidien. Ainsi la présence des mascarons, héritage de la tradition antique, n’est pas fortuite. En effet, revêtus d’une fonction apotropaïque, ils sont considérés comme moyens d’éloigner les mauvais esprits des eaux et d’éviter toute forme de contamination, d’empoisonnement ou de maladie.

Bien que modeste, la fontaine du château témoigne encore aujourd’hui de l’importance de l’eau comme élément constitutif des sociétés humaines en Provence.

 

Source : Emmanuel Briglia – 

La quatrimème de couv’ d’Emmanuel Briglia – Gonfaron infos n°43