Toponyme de Gonfaron

Pour la plupart des personnes, l’histoire d’un lieu se résume à la visibilité de ses monuments et à la transmission de la mémoire des événements marquants qui jadis s’y déroulèrent.

Toutefois, il existe également une mémoire souvent plus ancienne et plus lointaine de ce qui fit l’origine même d’une localité. Ce vestige historique est présent à nos yeux tous les jours : Gonfaron. 

En effet, le nom d’un territoire, appelé toponyme, est une source de connaissance intellectuelle et scientifique essentielle mais non moins émouvante de ce qui fut la caractéristique identitaire locale à l’origine de l’implantation d’un groupe d’humains et de sa croissance communautaire jusqu’à ce jour. Gonfaron n’y déroge pas. Aussi prenons, ensemble, le temps d’analyser ce nom de lieu qui nous est si cher. 

En consultant le cartulaire de l’abbaye de Saint-Victor, conservé aux Archives départementales des Bouches du Rhône, les chartes numéros 586, 587 et 1061 mentionnent le nom de Gonfaron, plus exactement de Gonfanum, en latin médiéval.

Qu’est-ce qu’une charte, me direz-vous ? Une charte est un document officiel constitué d’un ou de plusieurs parchemins cousus les uns à la suite des autres et sur lesquels ont été consignés les droits publics et privés, les propriétés et les privilèges d’une personne ou d’une communauté. C’est donc un document public dont le caractère est officiel et opposable à des tiers pour faire valoir des droits.

Au Moyen-Âge, l’abbaye de Saint-Victor possédait justement des droits sur le territoire de la seigneurie de Pignans dont dépendait le village de Gonfaron et celui de Cagnosc. A la lecture de ces trois textes historiques, nous trouvons précisément consigné les noms de Gonfanono, Gontofanono et Gonfano. 

L’écriture en onciale de la période médiévale pouvait engendrer fort aisément, pour le copiste ou le lecteur, une confusion entre la lettre n et la lettre r. C’est très certainement ce qu’il se passa pour Gonfanon qui perdit son n au profit d’un r pour devenir désormais Gonfaron.

Au XIVème siècle, dans le Rotulus decimae per diocesorum (registre de l’impôt religieux par diocèse), à la page du diocèse de Fréjus, il y est mentionné « Hospitale de Gonfanono » (hospice de Gonfaron). Il semble donc bien flagrant que le nom originel de notre commune fut Gonfanon et non Gonfaron. Et plus encore, le cartulaire de Saint-Victor mentionne le nom complet de notre village, à savoir Gontofanon.

Dans ce contexte sémantique, il n’est pas vain de penser à la suite de l’historien Espitalier, que le nom de Gontofanon rassemblât deux termes initialement séparés : gonto et fanon. Un fanum, en latin, désigne un petit temple rural dédié à une divinité protectrice locale dont l’identité se trouve manifestée dans le mot gonto. 

En effet, Gontos est une divinité masculine celte locale semblable à d’autres dieux gaulois de la même époque, il y a plus de 3000 ans, ces divinités mâles protectrices se nommaient alors Bélénos ou Cernunos.

Tout comme autrefois, le village de Gonfaron se reconnaît depuis la route par son édicule surplombé par l’actuelle chapelle de SaintQuinis. Mais avant l’arrivée du culte chrétien à Gonfaron et celle de la colonisation romaine qui l’avait précédée, Gonfaron devait être surplombé d’un fanum, un temple consacré au dieu Gontos, protecteur des forêts, des habitants, des troupeaux et des récoltes. 

Il n’est donc pas étonnant que la chapelle chrétienne qui succéda au petit temple celtique puis gallo-romain fut consacré, durant l’ère chrétienne, à Saint-Quinis dont l’apparence, à Gonfaron, reprend les caractéristiques viriles et divines de l’ancienne divinité masculine chassée, pour un temps, par la conversion forcée des habitants au christianisme.

Si, de nos jours, le temple du dieu celte Gontos a disparu du regard de tous ceux qui habitent ou visitent notre village, le toponyme de Gonfaron en conservera à jamais l’impérissable mémoire…

 

Source Emmanuël Briglia – La 4ème de Couv’d’Emmanuël Briglia –

Gonfaron Infos n°46